Allons donc chez le Diable maintenant ! (article 15)

Nous allons plonger dans la mythologie du monothéisme puisque c’est la source occidentale la plus familière des créatures dites du Mal : le Lucifer, le Satan et chez nos prieurs de cet autre Dieu qu’est Allah, Iblis le Shaytan. Il en existe un autre d’origine perse, moins connu, sous le nom d’Ahriman. Pas question de négliger l’intrigante et incandescente Lilith, la très méconnue. Quoi ? Vous ne saviez pas que nous avions une version femelle du Diable ?

Tel le dragon universel, il est impossible de ne pas tenir compte de ce qui lie ces créatures au fond du creuset mythologique dans lequel s’ébrouent également toutes les créatures diaboliques nées de centaines de religions polythéistes et animistes existantes dans autant de pays. On ne peut simplement fermer tous ces livres, il y en a trop pour qu’ils fabulent tous ! Mais un certain éclectisme s’impose, alors il sera surtout question de la Révolte des Anges déchus, la vraie à ne pas confondre avec l’œuvre d’Anatole France du même nom publiée en 1914, une dénonciation de l’obscurantisme flagrant de l’Église.

L’Enfer éternel a été construit par l’Église en 1215

Qui dit Diable, dit Enfer. Mais là au moins nous avons la preuve que c’est une belle invention de nos amis de la Robe. Réunie en 1215 par le pape Innocent III, l’Église tient le 4e Concile de Latran au cours duquel le Diable est officiellement désigné comme une valeur sûre pour un Enfer éternel, lequel est également certifié authentique sur la base – absence totale d’humilité oblige – de l’infaillibilité papale d’Innocent III. Très peu de gens se sont demandés d’où venait cette histoire d’enfer et de diable alors, maintenant, ils le savent.

L’Enfer, le Diable voient donc le jour en 1215 parce qu’un pape en a décidé ainsi et qui plus est, il est infaillible, ne se trompe jamais. Pourquoi ? Parce que celui qui le dit est celui qui l’est. Il faut tirer la langue en le disant.

Il faut quand même apprécier l’arrogance de ces religieux, tous assis autour de leur patron et qui décident, sous forme de canons, de nous bombarder telle ou telle croyance, au nom de la Foi, contre laquelle le feu éternel nous attend si nous résistons. Il fallait le faire et ils l’ont fait. Les objectifs du pape Innocent III sont clairement définis. Il veut réformer entièrement le monde clérical et laïc, endoctriner les fidèles à mener une vie religieuse plus intense et lutter contre les hérésies, dont celle des Cathares qui le paieront de leur vie comme on le sait, par dizaines de milliers. Fabriquer un Diable avec un enfer sulfureux éternel allait donc de pair avec un tel objectif meurtrier et se proclamer infaillible anéantissait toute intention d’engager une discussion ultérieure.

Latran IV débute le 11 novembre 1215 et attaque férocement les hérétiques, autant les Cathares que les Manichéens,[1] accusés de pratiquer des rituels inspirés par Satan. Il impose des mesures de discrimination à l’égard des juifs, condamne le clergé grec et appelle à la croisade. Gros programme !

Qui dit péché dit Satan, ange déchu, tentateur, démons et autres, dont bien sûr l’enfer.[2] C’est donc l’Église qui tient à la Foi en Dieu et en l’existence du Diable. Très tôt, au concile de Braga qui s’est tenu au 6e siècle, on condamnait ouvertement ceux-là mêmes qui refusaient de croire aux démons sous la férule de Lucifer. Les canons 7, 8 et 12 sont très explicites :[3]

Si quelqu’un prétend que le diable n’a pas été d’abord un (bon) ange fait par Dieu et que sa nature n’a pas été l’œuvre de Dieu, mais (s’il) prétend qu’il est sorti du chaos et des ténèbres et qu’il n’a personne pour auteur de son être, mais qu’il est lui-même le principe et la substance du mal, comme le disent Mani et Priscillien, qu’il soit anathème.[4]

Puis, si quelqu’un prétend, comme Priscillien, que le diable a fait certaines créatures immondes, et qu’il crée par sa propre vertu les tonnerres, les foudres, les tempêtes et les sécheresses ; qu’il soit anathème.

Et enfin : Si quelqu’un dit que la formation du corps humain est l’œuvre du diable et que la conception dans le sein maternel est le travail des démons, et si, pour ce motif, il ne croit pas à la résurrection de la chair, comme Mani et Priscillien l’ont dit, qu’il soit anathème.

Les Conciles n’ont pourtant aucune autorité pour proclamer une quelconque vérité, cette dernière étant inaccessible dans l’absolu. C’est cela qu’il faut comprendre, ils n’avaient et n’ont toujours aucun droit de prétendre détenir la Vérité sous prétexte que de Dieu, elle leur serait inspirée.

À d’autres ! N’importe quel idiot peut se dire inspiré de Dieu. C’est facile, il suffit de prendre une pose mystique et de le dire. C’est une formidable arnaque de le dire et une naïve et triste réalité de le croire par milliards. On peut les utiliser comme références d’enseignements de l’Église, mais on ne doit voir en ces canons aucune œuvre divine. Le Vatican qui crée un dogme sur le Diable ou Ford qui décide qu’un cheval au galop va remplacer son logo sur la Mustang en 1964, c’est du pareil au même, c’est du marketing fait par des hommes qui conçoivent, modifient, changent et décident de la nature de leur produit à vendre : une Mustang ou Jésus-Christ !

Bon nombre de gens croient que tout ce qui sort du monothéisme vient de Dieu, qu’il s’agisse du Yahvé ou du Jehova des Juifs, du Dieu le père des chrétiens ou de l’Allah des musulmans. C’est faire preuve non pas de foi, mais d’une prodigieuse naïveté, car ils savent pourtant que ces écrits l’ont été par des hommes qui, à leur tour, ont affirmé par la force et la terreur, l’épée, la lance et le feu, qu’ils étaient la Parole de Dieu. Et comme cela ne suffisait pas, alors d’un concile à l’autre, de simples hommes qui entre eux se proclament papes, cardinaux, évêques et autres, ont décidé depuis le Concile de Nicée en 325 jusqu’au dernier, soit Vatican II en 1962, ce qu’allaient être dogmes et diktats.

Un concile, c’est un immense brainstorming de types en soutane rouge qui se prennent pour Dieu, ce n’est rien d’autre qu’un congrès d’orientation d’un parti politique au cours duquel on définit le programme qui servira de plateforme électorale, avec cette notable différence qu’il n’existe aucun émissaire de Dieu élu par les membres ou les fidèles et que ces derniers ne se voient proposer aucune avenue. On leur impose !

En 1215, Latran IV décide que le Diable est devenu mauvais par un choix personnel, puis au Concile de Trente, ils ont décidé qu’il était l’Adversaire, le Tentateur à l’origine du péché commis par l’homme. Or, ce n’est qu’un exercice intellectuel débattu entre théoriciens de la question religieuse et rien d’autre. Malgré cela, un débat existe au sein de l’Église et dans la réflexion de plusieurs. Le Mal existe, mais est-il une Force ou une Personne ? L’écrivain et journaliste français, Raoul Follereau (1903-1977) propose cette réponse :

On en a fait un ange déchu, un révolté contre ses Parents, un forcené terriblement intelligent, sournois et manipulateur, qui donne le change et fait de l’esbroufe. Il singe Dieu et revendique d’être Prince de ce monde. Cette créature spirituelle devient un parasite envahissant et puissant qui prolifère et exerce son emprise dans le monde matériel, dès lors qu’on lui donne accès, qu’on lui ouvre les portes, ou pire, qu’on l’appelle. De lui-même, il a la possibilité de venir rôder et travailler dans le monde des corps et aussi dans les réalités psychiques, dans l’imaginaire ou l’inconscient, mais en principe, il ne peut pénétrer dans l’esprit et le cœur humain, créés à l’image et ressemblance de Dieu.[5]

On a l’impression qu’il s’agit de Q dans la série Star Trek. Thérèse d’Avila[6] dans ses relations spirituelles nous dit :

Il est très important de savoir la guerre que fait le démon à une âme pour la gagner, l’artifice et la miséricorde avec lesquels le Seigneur s’efforce de la ramener à Lui pour qu’elle se garde des dangers dont je ne me suis point gardée.

Quant à Ignace de Loyola,[7] dans ses Exercices spirituels, il invite à « débusquer les pensées du mauvais qui s’immiscent en nous et à vivre ce temps de désolation spirituelle comme une marche vers la liberté. »

Aussitôt l’Église nous met en garde contre le Démon qui s’immisce en nous, nous tente et nous rend fragiles, en nous parlant des textes de l’Écriture relayés par ceux du dernier Concile et du Catéchisme romain, qui parlent du combat contre Satan, comme « d’un dur combat contre les puissances des ténèbres qui passe à travers toute l’histoire humaine » (Gaudium et Spes 37), mais qui rappellent que « Dieu a promis la victoire sur le serpent » (Lumen Gentium 55), que « le Christ a brisé le pouvoir du malin » (GS2), que « les démons sont expulsés par le Christ » (LG5).

Non, désolé, mais ça ne passe pas. Nous ne sommes que des animaux dont la conduite est dictée par des instincts de survie, vrai, mais contrairement aux autres bêtes, nous sommes conscients de qui nous sommes, nous sommes intelligents, nous sommes ou pouvons être très sophistiqués, très raffinés ou démoniaques à l’excès. Nous sommes tous capables du mieux comme du pire. Ce processus nous est naturel dans le sens que nous n’avons besoin d’aucun démon pour nous induire à faire de très grosses conneries. Nous sommes des animaux qui pensent et c’est en nous, cela fait partie de notre grande faiblesse de trop souvent céder à tout ce qui brille, comme la pie voleuse qui subtilise tout ce qui luit. Et à l’excès, dans l’extrême, nous devenons des animaux monstrueux. Cela aussi nous l’avons vu en première partie. Aucun démon n’est venu susurrer à l’oreille de Dion qu’il devait agresser et tuer des enfants. Il n’avait nullement besoin de cela, sa nature intrinsèque, sapée, déchirée, détruite par des années de maltraitance et de déviance sexuelle, a fait le travail. C’est la nature déviée dès l’enfance de Dion par sa famille et le milieu carcéral qui sont à l’origine du monstre qu’il est devenu. On ne va pas sortir le Diable comme au Moyen-Âge pour chaque délit majeur causé par des hommes ou des femmes en plein délire meurtrier.

Le Diable s’il existe, n’a rien à y voir. Je ne vois que l’homme à ce niveau, l’animal qu’il est, avec ses faiblesses innées, puis acquises, car si une telle entité connue sous le nom de Diable existe, je le vois mal s’en prendre à moi, à vous, à votre voisine, à votre patron, tous d’illustres petits inconnus sur des trilliards de trilliards qu’on peut imaginer dans ce vaste univers. C’est bien joli de se la jouer anthropomorphe, mais il y a quand même des limites qu’une raison raisonnable et rationnelle, ne peut franchir. Malheureusement, on continue de tenter de nous endormir. Un site sous la plume d’auteurs provenant du monde ecclésiastique nous dit :

En 1975, la Sainte Congrégation pour le Culte a publié un document intitulé Foi chrétienne et Démonologie. Ce document cite le Pape Paul VI ainsi : « C’est sans doute à cause de l’image fournie par les enseignements de l’Église et de la Bible qu’on refuse maintenant de reconnaître l’existence du diable ; on le voit comme une personnification conceptuelle et fantaisiste des causes inconnues de nos problèmes. » Conclusion : Si quelqu’un vous dit quelque chose de différent, il vous donne sa propre opinion, mais pas celle de l’Église. C’est peut-être le diable qui le pousse à dire cela !

Au quatrième Conseil du Latran (1215), les évêques ont défini que « le diable et les autres esprits mauvais ont été créés bons dans leur nature, mais qu’ils sont devenus mauvais par leurs propres actions. » Lors du baptême, les candidats adultes doivent d’abord renoncer à Satan et à toutes ses vaines promesses. L’Église possède même un rite officiel d’exorcisme… qui serait inutile si les démons n’existaient pas. Si cela ne vous convainc pas, vous pouvez encore jeter un coup d’œil sur ce que Jésus raconte à ce propos. » Il croyait certainement aux démons, de même que ses premiers partisans, les Pères de l’Église. Ces derniers étaient très clairs sur le sujet.[8]

Bel effort ! Mais ce n’est pas très convaincant. Paul VI nous menace de le croire, sans quoi c’est la preuve que le Diable est en nous, mais il se prenait pour qui Giovanni Montini ? Irénée, à la fin du deuxième siècle, écrit que le diable est « un ange apostat » qui essaie « d’obscurcir les cœurs de ceux qui le servent ». Tertullien, qui écrit à peu près à la même époque, dit que « le travail des démons est de corrompre l’espèce humaine ». Et Origène, une génération plus tard, note que « l’enseignement de l’Église maintient que ces êtres existent vraiment ». Mais il ne faut pas s’inquiéter, dit Athanase au début du quatrième siècle. Avant la rédemption, les esprits mauvais avaient des pouvoirs plus grands sur les gens, mais maintenant, « leurs ruses ont été démasquées » grâce à la venue du christianisme. L’Église a-t-elle inventé le Diable très exactement comme elle voulait qu’il soit, pour ensuite lever les bras en criant victoire ? Cela y ressemble beaucoup. On a l’impression de vivre le syndrome de Münchhausen par procuration.[9]

Prochain article (16). Un premier personnage d’importance Lucifer.


[1] Ils croient qu’un Dieu du Mal, tout aussi puissant que le Dieu du Bien, existe.

[2] Giuseppe Alberigo et A. Duval (dir.), Les Conciles œcuméniques, 2 vol. L’Histoire et Les Décrets, Cerf, coll. Le magistère de l’Église. 1991. ET Jean Chélini. Histoire religieuse de l’Occident médiéval. Hachette, 1991.

[3] Encyclopédie Théologique. Dictionnaire des Conciles. A-D. Peltier. Abbé Migne.

[4] Excommunication ou l’exclusion de l’Église ce qui équivaut à une sentence extrême à l’époque.

[5] Raoul Follereau. Le Diable et l’Église catholique, article publié sur La Croix.com

[6] Thérèse D’Avila est une religieuse espagnole (1515-1582).

[7] Ignace de Loyola est un prêtre espagnol (1491-1556)

[8] http://www.la-croix.com

[9] Établie en 1977 par la psychiatrie moderne, il s’agit d’une attitude malsaine consistant à provoquer ou feindre une maladie pour ensuite la guérir, parfois de manière spontanée ou miraculeuse.

________________________________________________________________________________________________________________

Les religions, c’est assez !

Le Christ est le chef de tout homme et l’homme est le chef de la femme ! Voilà une affirmation connue pour être celle de Saint-Paul dans un texte sacré extrait du Nouveau Testament. Quand même ! À ne pas citer lors d’un mariage ! Mais bien au-delà, les prétentions religieuses sont intolérables et n’ont rien de divin ou de céleste et pourtant on les subit depuis plusieurs milliers d’années.

Les religions, sans aucune exception, n’ont aucun fondement réel, pas plus que contes, légendes et mythes. Pas plus Thor, Hercule, Osiris, Jésus, que Moïse ou Abraham, n’ont existé sur le plan historique et l’historicité des récits musulmans est douteuse.

Lire la suite

Disponible en librairies, en bibliothèques ou peut être commandé chez l’éditeur ou Amazon.



Catégories :Le Mal

Mots-clés :, , , , , , ,

3 réponses

  1. Dire que nous y avons cru tellement longtemps.

    Aimé par 1 personne

  2. Intéressant, à suivre! Merci

    J’aime

  3. Je naime pas parler du diable comme ces être de l’autre dimensions qui sont tellement horrible qu’on reste figer latéralement paralyser par la peur même si ils sont invisible et on ces qu’ils nous voient, moi j’en ai perdu conscience c’était trop intense !

    J’aime

Répondre à kpotvinivicqcca Annuler la réponse

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :