Et si Azazel était un bon diable ? (article 18)

Crédit pour le montage graphique : Éric Dorion

Nous avons vu que Hénoch est envoyé par Dieu à Azazel, le Chef des Anges dits rebelles qu’on veut nous faire passer pour le méchant afin qu’il sache ce qu’il l’attend pour sa trahison. Azazel prend l’affaire très au sérieux et supplie Hénoch de transmettre à Dieu leur demande de pardon. La réponse de Dieu est effroyable. Non seulement il refuse de leur pardonner, mais en plus, il leur promet des tortures et des souffrances dignes des plus affligeantes performances odieuses et barbares de l’Inquisition. Il faut le lire dans le texte ça donne envie de vomir, mais c’est trop long à reproduire. Dites-vous simplement que les tortures de la Gestapo n’étaient que des titillements comparés à la haine glaciale qui se dégage de ces pages. C’est pire encore lorsqu’on prend connaissance que c’est Dieu qui veut cela !

Après quoi, alors qu’Hénoch raconte avoir été emmené à bord d’une immense structure dont la description est hallucinante, on a l’impression de vivre un épisode de Star Trek. Vous allez vous retrouver en un lieu supposé être la Demeure de Dieu. Lisez bien et retenez les éléments qui reviennent le plus souvent et si vous avez comme moi l’impression de plutôt lire une description de l’Enfer, alors je ne suis pas tout seul !

Je fus enlevé ainsi jusqu’au ciel, et j’arrivai bientôt à un mur bâti avec des pierres de cristal. Des flammes mobiles en enveloppaient les contours. Je commençais à être saisi d’effroi. Cependant, je m’enfonçai au milieu de ces flammes. Et je pénétrai dans une vaste habitation dont le pavé était en pierres de cristal. Les murs, comme le pavé, étaient également en cristal, aussi bien que les fondements. Son toit était formé d’étoiles errantes et d’éclairs de lumière, et l’on voyait, au milieu, des chérubins de feu dans un ciel orageux. Des flammes vibraient autour de ces murailles, et la porte était de feu. Quand je fus entré dans cette habitation, elle était à la fois brûlante comme le feu, et froide comme la glace ; et il n’y avait là trace ni de bonheur, ni de vie. Alors, une terreur soudaine s’empara de moi ; je tressaillis d’effroi. Tout tremblant, je tombai la face contre terre, et j’eus une vision. Il y avait une autre habitation plus spacieuse que la première, dont toutes les portes étaient ouvertes devant moi, au milieu d’une flamme vibrante. Telle était sa gloire, sa magnificence, sa grandeur, qu’il m’est impossible de vous dépeindre, ni la splendeur qui l’environne, ni sa vaste étendue. Le pavé en était de feu ; au-dessus, brillaient des éclairs et des étoiles errantes, et le comble était tout entier d’un feu étincelant. Je l’examinai avec attention, et je vis qu’il y avait un trône élevé dont l’aspect ressemblait à la grêle, tandis que son contour était comme l’orbe éclatant du soleil ; et il en sortait des voix de chérubins. De ce trône puissant, s’échappaient des torrents de flammes, qu’il était impossible d’envisager. Et il y avait quelqu’un assis sur ce trône de gloire, dont le vêtement était plus brillant que le soleil et plus blanc que la neige. Et aucun ange n’était capable de regarder en face le Glorieux et le Magnifique, ni de s’approcher de lui ; aucun œil mortel ne pouvait le contempler. (10-23)

C’est peut-être moi, un peu naïvement sans doute, mais n’est-ce pas en enfer que le feu sévit ? Les mots flammes et feu sont nommés douze fois, dans ces quelques lignes. Qui donc est ce Glorieux qui s’entoure de feu où « il n’y avait là trace, ni de bonheur, ni de vie » ? Vous avez le sentiment que c’est un Dieu d’Amour qui vit là ? Ou une créature farcie de haine et de vengeance ? C’est le Dieu que vous aviez en tête, ce personnage très puissant, haineux et monstrueux dans sa cruauté insatiable, son absence totale de pardon et de compassion ? Dans cet extrait, Dieu va jusqu’à en faire des Esprits du Mal qui auront pour tâche de punir les hommes, lesquels n’ont absolument rien à voir avec le litige qui existe entre Dieu et ses Anges, mais qu’à cela ne tienne, tout le monde va payer. Familier ça non ? Si j’étais un extrémiste pétri de désirs de violence, ce Dieu là ferait mon bonheur…

Les esprits des géants seront comme les nuages qui apportent sur la terre les fléaux de toute espèce, la peste, la guerre, la famine et le deuil. Ils ne boiront ni ne mangeront, invisibles à tous les regards, ils s’insurgeront encore entre les hommes et les femmes : parce qu’ils ont reçu la vie dans les jours de destruction et de carnage. 16 : Dis-leur, à ces intelligences célestes : Vous avez eu le ciel pour demeure ; mais les secrets d’en haut ne vous ont pas été révélés ; cependant vous avez connu un secret d’iniquité. Et vous l’avez dévoilé aux femmes dans les mouvements de votre cœur, et par là vous avez multiplié le mal sur la surface de la terre. Dis-leur donc : Jamais vous n’obtiendrez grâce, ni jamais vous ne recevrez la paix !

Dépouillé de son caractère ténébreux d’une religion cruelle, c’est une situation qui ressemble de trop près à la tradition sumérienne. Très sérieusement, je pense que vous commencez à comprendre ce que j’essaie de vous dire dans ces articles sur le Récit d’Hénoch. Je me trompe ? Je vous invite dans ce cas à lire très attentivement Le Poer Trench, Charroux, Sitchin et au passage Il était une fois des humains et des extraterrestres. Tous nous visons la même cible. Les grandes révélations dites bibliques ou autres dont le Mahhabarata, mais également le récit d’Hénoch, n’ont rien à voir avec Dieu, mais avec des puissances non terrestres telles qu’effectivement elles ont dû paraître divines aux peuples anciens, tout comme nos astronautes qui un jour se poseront sur un monde de la zone habitable d’Alpha du Centaure et causeront la même confusion en supposant que des peuplades primitives y habitent. Rappelez-vous que les Incas étaient convaincus que Cortes et ses hommes à cheval étaient des dieux, car jamais ils n’avaient vu de chevaux et croyaient qu’il s’agissait là d’une seule et même créature. Il en faut peu pour tromper !

Toutes les mythologies universelles ont ce dieu vengeur qui hait les hommes et veut les massacrer les uns après les autres, cela est un fait avéré. En général, leur crime est d’avoir outrepassé certaines règles, de s’être pris pour des dieux, etc.

Prométhée me vient à l’esprit, lui qui donna le feu du ciel aux hommes et fut sévèrement puni par Zeus et le serait encore si Héraclès ne l’avait libéré. « Fiction, fiction » va-t-on dire, et à cela je réponds oui, mais ne voit-on pas dans cette fiction une robuste résilience après des milliers et des milliers d’années et la démonstration d’interventions venant d’ailleurs et non du Ciel ou de l’Enfer, ces lieux inventés pour les enfants ?

Et comme prévu Dieu a menti aux hommes, car le Déluge qu’il avait promis retenir aura finalement lieu. Pis encore, après le déluge, l’iniquité sera encore plus grande qu’auparavant, ce qui démontre à quel point ce Dieu Créateur est… impotent, malavisé, dangereux et son incompétence, qui rappelle ces jours-ci celle de nos politiciens, se révèle dans son incapacité à se refaire une humanité toute neuve, saine et heureuse. S’Il ne sait pas créer, qu’Il s’abstienne et nous foute la paix ! Et voilà qu’Hénoch en remet et prévoit pour l’après-déluge un autre grand nettoyage. Décidément, cet individu fraye avec le Mal qu’il confond avec le Bien.

Vous qui souffrez, attendez avec patience le moment où les pécheurs auront disparu, et la puissance des méchants aura été anéantie ; attendez que le péché se soit évanoui de la terre ; car leurs noms seront effacés des saints livres, leur race sera détruite, et leurs esprits seront tourmentés. Ils crieront, ils se lamenteront dans un désert invisible, et brûleront dans un feu qui ne se consumera jamais. J’y vis aussi la flamme d’un feu ardent, semblable à de brillantes montagnes, agitées par un tourbillon et poussées à droite et à gauche. Et j’interrogeai un des saints anges qui étaient avec moi, c’est évidemment la flamme d’un vaste foyer ; j’entends des cris de douleurs, des cris de désespoir.

Il aime vraiment cela, le sadique c’est charmant, on se croirait à Auschwitz. Donc en résumé, la notion d’ange déchu provient de cette première section du Livre d’Hénoch qui semble clairement indiquer que la chute des anges, avec leurs chefs Shemehaza et Azazel, aurait été provoquée par leur envie de procréer, ce qui fit naître des géants qui portèrent le nom de Nephilims. Or les hommes auraient appris beaucoup à leur contact leur permettant d’évoluer.

Sensiblement identique parce que basé sur ces écrits, la tradition chrétienne va dans le même sens d’une révolte des mêmes anges avec à leur tête Lucifer et cette révolte est qualifiée d’impardonnable. Par la suite, des auteurs aussi connus que Thomas d’Aquin ou Tertullien vont y aller de leurs opinions basées sur un argumentaire très subjectif. Dans La Somme Théologique, Thomas d’Aquin nous dit que « Saint Grégoire le Grand disait vrai à l’effet que le premier ange qui a péché était placé à la tête de toutes les cohortes célestes et qu’il surpassait tous les autres en lumière et en splendeur... » Mais si les Juifs et Chrétiens ont caché le livre d’Hénoch, et on comprend maintenant pourquoi, ils ont conservé le passage de leur Genèse disant que « les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils prirent pour femmes celles qu’ils choisirent parmi elles ». Ils décidèrent donc d’inventer un scénario qui colle à leur vérité et les fils de Dieu seraient donc des descendants de Seth, opposés aux filles des hommes, descendantes de Caïn.

Le désir des anges de procréer, raison de leur chute dans le livre d’Hénoch, va devenir tout à fait autre chose. Au IIe siècle, Irénée de Lyon affirme en 195 que c’est plutôt la jalousie des anges qui fut la cause de leur chute, s’appuyant sur Le Livre de la Sagesse et je cite « Mais par l’envie du diable, la mort est entrée dans le monde et la subissent ceux qui sont de son parti. » L’évêque de Lyon déclare :

Ce commandement l’homme ne l’observa pas, mais il désobéit à Dieu, ayant été égaré par l’ange qui, à cause de la jalousie et de l’envie qu’il éprouvait à l’égard de l’homme pour les nombreux dons que Dieu lui avait accordés, tous ensemble provoqua sa propre ruine et fit de l’homme un pécheur en le persuadant de désobéir au commandement de Dieu. L’ange étant devenu par un mensonge, chef et guide du péché, et lui-même fut chassé pour s’être heurté à Dieu et il fit que l’homme fut précipité en dehors du Jardin.

De son côté, celui qu’on dit être le père de l’interprétation de la Bible, l’exégèse, Origène, a ses propres vues sur la question des anges déchus. Ce qui est intéressant avec ce personnage est le fait qu’il soit à la fois le plus grand génie du christianisme antique avec Augustin, selon ce qu’en dit le cardinal Jean Daniélou. Vous avez tous entendu ou lu un jour que le plus grand péché de Lucifer était l’orgueil et bien c’est Origène qui a donné vie à cette théorie. Il n’a fait que reprendre Isaïe. Or comme déjà dit, nul ne sait si ces versets parlent de Lucifer ou du Roi de Babylone, ce qui pose problème parce que cette théorie a très rapidement été reprise par Eusèbe de Césarée, Saint Hilaire, Saint Ambroise et Saint Jérôme. Dans son commentaire sur le psaume 118, Jérôme dira : « Le diable lui-même de par sa nature orgueilleuse a perdu la grâce quand il a dit : J’établirai mon trône sur les nuées et serai semblable au Très Haut » (Isaïe XIV, 13 et 14) « et il s’est mis en dehors de la compagnie des anges ». Augustin « celui qui hait le sexe et les femmes »[1] ira dans le même sens.

(…) Et voici la cause de la misère des mauvais anges, c’est qu’ils se détournent de celui qui a l’être en soi, pour se tourner vers eux-mêmes qui ne l’ont pas. Et quel nom porte un tel vice si ce n’est le nom d’orgueil.[2]

C’est de Jérôme que vient le célèbre nom ou plutôt le titre de Lucifer qui, je le rappelle, n’existe en aucun verset de la bible, ni d’aucuns écrits provenant du judaïsme ou de l’islam. En 408, Jérôme traduit le terme astre du matin, du verset d’Isaïe, par porteur de lumière qui devient alors issu du latin, Lucifere. Satan pour sa part est également un titre. Lucifer est donc un Satan ou l’Adversaire ! Bref, officiellement le Diable des religions monothéistes n’a pas de noms propres. Le lecteur n’est pas appelé ici à vénérer Lucifer ou Satan, Azazel ou autre sous prétexte qu’une grande confusion règne dans les Écrits et, qu’en toute objectivité, celui qui agresse l’homme, le punit constamment, le menace et le détruit n’est pas le Diable, mais Dieu, ce Yahvé de la Genèse judéo-chrétienne ! Il y a confusion c’est trop évident. De toute manière, je suis de ceux qui proclame que nous sommes Esprit d’abord, humain ensuite. Alors pour le moment, tant que règnera cette confusion, je m’abstiens de vénérer qui que ce soit, ni Dieu ni Diable. Cependant, j’entretiens dans mon déisme[3] le respect et l’amour que j’éprouve pour plus grand que moi, les autres et l’Univers, mais jamais à genoux, toujours debout, car Esprit je suis d’abord, né de la Goûve, de l’essence même de ma Divine Mère et humain suis-je devenu pour lui offrir par mon Esprit dans ce corps, l’expérience d’une vie unique ! Alors Diable ou pas, il n’y a que cela qui compte.

Prochain article (19) : Quand Jésus traite Yahvé de menteur et de meurtrier.


[1] Cf Les Divergents

[2] Extraits de Ambroise, Exposé sur le Psaume 118, Sermon 7, paragraphe 8. Traduction par Denys Gorce, Namur. Éditions du Soleil Levant. 1963. Et Augustin, La Cité de Dieu, Livre XII, chapitre 6, Traduction par L. Moreau, Paris. Librairie Charpentier. 1843. tome 2.

[3] Largement défini dans Les Religions c’est assez !

_______________________________________________________________________________________________________________

Esprit d’abord, humain ensuite

Jean Casault développe ici sa propre philosophie en titrant ce livre par sa devise personnelle qui lui fut révélée en plein Vol de Nuit. Il répond ainsi à toutes les questions existentielles qui puissent exister. D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Tout y est, dans une simplicité tout aussi divine que désarmante.

Disponible en librairies, en bibliothèques ou peut être commandé chez l’éditeur ou Amazon.



Catégories :Le Mal

Mots-clés :, , , , , ,

3 réponses

  1. Très bon article et ce livre est très intéressant !

    Aimé par 1 personne

  2. Merci ceci à été une lecture très intéressante et un très bon livre, je crois aussi esprit avant et humain après

    Aimé par 1 personne

  3. Un très bon livre, je le recommande à ceux qui veulent LIRE et comprendre.

    J’aime

Répondre à lineleroux Annuler la réponse

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :