Criminels psychotiques et criminels psychopathes ! (article 11)

Crédit pour le montage graphique : Éric Dorion

L’intelligence sans la capacité de donner et de recevoir une affection mène à l’écroulement mental et moral, à la névrose, et peut-être même à la psychose. Daniel Keyes. Des fleurs pour Algernon.1966. Harcourt Trade Publishers.

Les spécialistes des grands services de police du monde, dont le FBI,[1] qui dressent le profil des différents types d’agresseurs, savent qu’il existe deux types de tueurs en série, c’est-à-dire des hommes qui ne tuent pas sur le coup suite à une situation isolée comme peuvent les générer des émotions très intenses suscitées par la jalousie, l’envie, et la rage, mais qui tuent parce que LE BESOIN de tuer est une soif ou une faim, non pas occasionnelle et très rare, mais toujours présente. Ces tueurs en série sont soit organisés ou désorganisés, ces derniers étant souvent qualifiés de tueurs fous !

Voyons d’abord les tueurs désorganisés

Très souvent, comme Marc Lépine ou Kimveer Gill, Bissonette ou Girouard, ces tueurs désorganisés se donnent la mort ou tentent de le faire après un certain temps. Le terme clinique les décrivant est psychotique. Le public en général hait ces gens et leurs proches ne sont pas surpris d’apprendre qu’ils ont commis des gestes répréhensibles. Ce sont des bombes à retardement, mais il est vrai que ce n’est qu’après le geste qu’on découvre à rebours ce qui n’allait pas chez eux.

Il faut déterminer si ces tueurs obéissent à une volonté supérieure sur laquelle ils ont le contrôle et qui les responsabilisent, ou s’ils sont victimes de désordres mentaux extrêmement graves. Paul Wiener[2] nous dit :

La psychose qualifie les formes sévères d’un trouble psychiatrique durant lesquelles peuvent survenir délires, hallucinations, violences irrépressibles ou encore une perception distordue de la réalité. Le terme de « psychose » a une utilisation très variée et peut désigner toute expérience délirante ou aberrante exprimée dans les mécanismes complexes et catatoniques de la schizophrénie et du trouble bipolaire. En outre, une grande variété de maladies liées au système nerveux central, causées par des substances étrangères ou des problèmes physiologiques, peuvent produire des symptômes de psychose.

Entre vous et moi, ignorants de tous ces grands termes cliniques, le psychotique est celui que nous qualifions de maudit fou, de vrai fou braque dans notre langage vernaculaire et que la Justice inclut dans l’article 16 du Code criminel, car très souvent ils ignorent la portée de leurs gestes. Christophe Gauthier-Davies, collaborateur du Criminoblogue,[3] explique que psychopathes et psychotiques sont très souvent confondus, alors que dans les faits, ils sont très différents.

Le psychotique est un tueur déconnecté de la réalité. Cette « déconnexion » de la réalité s’exprime par des hallucinations ou encore des distorsions cognitives (croyances profondément anormales). La psychose la plus aigüe est la schizophrénie. Les crimes commis par ces tueurs seront souvent en lien avec leurs hallucinations ou ses distorsions. Par exemple, un homicide sera commis par un individu qui croit avoir reçu un quelconque ordre du diable, de la CIA ou encore, un meurtre sera commis par crainte d’une quelconque conspiration gouvernementale. La notion de conspiration est souvent associée aux tueurs psychotiques.[4]

Cela dit, un individu qui souffre de psychose peut alors poser des gestes criminels, inconscient de la gravité du geste. Il existe des cas classiques qui ont généré de vifs débats à cet égard à commencer par le chirurgien Guy Turcotte qui a poignardé 46 fois ses enfants.[5] La magnitude des crimes commis par ces êtres humains fait frémir le plus endurci d’entre nous.

Qu’est-ce donc qui provoque ces psychoses ?

Lorsque dans l’actualité on traite d’un épisode psychotique comme dans les cas de meurtres de masse[6] ou frénétiques comme celui de Sharon Tate et les autres victimes de la famille de Charles Manson, on veut en connaître la cause. Rien n’est jamais très clair lorsque la conscience humaine et le cerveau sont confrontés. Ce que nous savons est que l’épisode psychotique n’est pas déclenché par une bactérie. La pire des psychoses, la schizophrénie n’a pas de cause unique connue. Elle semble due à de nombreux facteurs qui se croisent, de là ce titre évocateur d’Édouard Zarifian, Les Jardiniers de la folie.[7]

Nous savons au moins que modifications il y a dans les substances blanches et grises de l’encéphale, ce qui va causer des répercussions importantes. Le milieu de vie du schizophrène pourrait contribuer au déclenchement de la maladie, mais ce n’est pas systématique. Il existe un très grand nombre de milieux familiaux désordonnés, qu’on pourrait qualifier d’extrême dans ce qu’ils ont de malsain et de morbide, dont seront issus des enfants tout à fait normaux. Ils sont secoués, confus par moments, mais normaux.[8]

Selon Konstantinos Paraskevopoulos et Christian Bryois de l’Hôpital de Prangins en Suisse,[9] l’environnement social peut jouer un rôle considérable dans l’apparition des maladies psychiatriques. Pierre Lalonde dans sa préface de Thérapie psychoéducative familiale et psychoses chroniques (éd. Charleroi : Socrate. 1999) de Guy Deleu et Olivier Chambon nous dit :

La recherche en génétique n’a pas encore permis d’identifier un gène qui serait à l’origine de la schizophrénie. En fait, aucun examen médical ne permet d’établir avec certitude son origine. Au cours des années, nombre de théories ont été émises sur les causes possibles de la schizophrénie. La plupart d’entre elles n’ont toutefois pas été corroborées par des études approfondies. La recherche reconnaît aujourd’hui que la maladie ne peut s’expliquer par une cause simple et unique, mais qu’il existe plutôt plusieurs facteurs d’importance variable qui, interagissant les uns avec les autres, provoquent l’apparition et les éventuelles rechutes de cette maladie complexe. (…) Les recherches démontrent que les symptômes de la schizophrénie sont attribuables à une production anormalement élevée de la dopamine (un neurotransmetteur) dans certaines régions du cerveau. Les scientifiques soupçonnent que d’autres neurotransmetteurs pourraient être aussi impliqués dans la maladie, notamment la sérotonine.

Les psychotiques sont donc malades ! Or le Mal n’est pas une maladie, mais une Intention !

Criminels psychopathes ou organisés

Là où les choses se compliquent nous dit Gauthier Davies :

Les tueurs psychopathes sont plus complexes que les psychotiques et d’apparence plus normale aussi dans leur comportement de tous les jours. Généralement, ils sont caractérisés par les deux composantes suivantes : le manque d’empathie et le comportement antisocial.

Il spécifie toutefois que le terme antisocial fait référence au fait qu’ils n’ont aucun rapport avec quelques normes sociales que ce soit, ce qui, paradoxe étrange, n’en font pas des asociaux pour autant. Ted Bundy notamment était charmant. Les femmes l’adoraient.

Des tueurs capables de charmer et séduire

Nous l’avons vu avec Dion qui parle aimablement, en les faisant rire, à des pêcheurs pas très loin de l’endroit où il vient de massacrer deux enfants. Davies renforce ce point en démontrant d’ailleurs que l’une des caractéristiques des psychopathes est d’avoir une très grande aisance sociale. C’était aussi le cas notamment du terrifiant Ted Bundy, joli cœur, beau bonhomme, serviable, toujours souriant et que tout le monde trouvait super gentil. C’était un violeur, un tueur et un nécrophile. On croit que les trente victimes, dont il a reconnu la paternité du crime, ne représentent qu’une fraction de ses crimes odieux.

Pour l’anecdote cinématographique, on a qu’à penser au célèbre Hannibal Lecter. C’est de la littérature et du cinéma, mais l’image forte est vraie, bien réelle, puisque de l’aveu même de Thomas Harris,[10] le personnage de Lecter a été inspiré, en grande partie, par le docteur Salazar, un authentique psychiatre cannibale, avec qui il a obtenu une interview dans sa prison mexicaine au cours des années 60.

Sont-ils responsables de leurs actes ?

Question à poser à propos du tueur Edmund Kemper qui, à l’âge de 15 ans, a tué ses grands-parents, sa mère et huit autres personnes. Traiter Kemper de débile fou serait une erreur. Extrêmement intelligent avec un QI de 155, il s’est livré à la police pour qu’on l’admire, pour étonner, pour qu’on parle de lui. Il a été déclaré sociopathe, mais doublé de schizophrénie. L’un des épisodes de la série américaine Mindhunter[11] laisse l’acteur Cameron Britton incarner Edmund Kemper de façon magistrale. Son calme, sa manière de s’exprimer sont insupportables tant il est… normal. Il est dix fois plus angoissant que Charles Manson dans son extravagante sortie démesurée et burlesque sur le pouvoir.

Ne pas ressentir ne signifie pas, ne pas comprendre

Certains aspects de la psychopathie organisée font que l’individu se révèle incapable de ressentir les émotions, dont la souffrance de leurs victimes, ce qui les déresponsabilise, mais par contre, l’intelligence qu’ils déploient à ne pas se faire prendre, sachant qu’ils vont passer le reste de leur vie en prison ou la perdre, indique qu’ils sont conscients de faire quelque chose d’interdit. De mal ? Ce n’est pas clair dans leur tête, mais d’interdit, ça ils comprennent.

Oui il faut insister, il y a une nuance pour eux entre faire quelque chose de mal et faire quelque chose d’interdit, car pour eux, le Bien et le Mal ne sont pas de véritables notions comme le sont Permis et Interdits. Ils reconnaissent ce qui est interdit comme lorsque c’est écrit « Entrée Interdite » sur une porte versus lorsqu’il est écrit « Entrée Libre », mais nullement que l’une incarne le mal alors que l’autre incarne le bien. Pour eux, franchir une porte interdite signifie de le faire sans se faire prendre et rien d’autre. Ce n’est pas mal de le faire, c’est simplement interdit et il se moque de savoir pourquoi ce le serait. L’intelligence aidant, par opposition à un psychotique débile ou schizophrénique, le psychopathe prend des mesures drastiques pour se protéger et se comporter comme tout le monde. Il a été prouvé, et nous l’avons vu avec Dion, que la connaissance des conséquences du geste est bien réelle. Ayant déjà été plusieurs fois punis, Dion savait très bien que la prison l’attendait au détour de son sentier funeste dans les bois de Pont-Rouge s’il se faisait prendre, mais cela n’a joué aucun rôle de dissuasion, car malgré cette connaissance, les prédateurs, dont Dion, progressent dans leur méthodologie, apprennent de leurs erreurs, se raffinent et deviennent des criminels experts, des tueurs en série, habiles, sournois et totalement irrécupérables, pour qui la peine de mort ne pèse pas du tout dans la balance. Gauthier Davies ajoute que :

Le caractère antisocial correspond ici aux crimes commis. L’exemple typique serait celui du bon père de famille qui paraît généralement bien et en confiance. Par contre, à l’insu de son entourage, celui-ci adopte des comportements déviants et pourrait commettre des meurtres de façon astucieuse. Contrairement au psychotique, lorsqu’un tueur psychopathe se fait prendre, son entourage est très surpris. En ce qui concerne le manque d’empathie, c’est simple, il est question de l’incapacité à ressentir les émotions des autres, par exemple, la souffrance, lors d’un crime commis. Par conséquent, les psychopathes sont des personnes généralement égocentriques et, dans plusieurs cas, narcissiques.

Et j’insiste de nouveau, le psychopathe sait très bien ce qui est interdit, mais l’idée du Mal, de faire le Mal n’est pas en lui. Il cherche simplement à faire ce qu’il a envie, ce qu’il désire, ou apaiser sa faim comme Dion le disait. Si l’intensité en devient invivable, alors il prend des précautions et va de l’avant, commet le geste sachant qu’il est interdit, mais n’a aucune conscience de faire le Mal. Ici, le Mal n’est donc pas une Intention, mais une sorte d’effet secondaire de sa faim !

L’illustration d’Éric Dorion pour la série LE MAL EXISTE comporte trois aspects bien précis. Un clown effrayant et psychotique, un personnage menaçant psychopathe, mais en background une émanation d’énergie pas très rassurante qui pourrait alors être le Mal. On avance.

Prochain article (12). Nous sommes tous des animaux, certains plus que d’autres


[1] Le Behavioral Science Unit du FBI

[2] La structure du psychotique et le processus pathologique.

[3] Du site impactcampus.ca

[4] Voilà pourquoi il est facile de voir en un conspirationniste un malade, ce qui est un jugement sans fondement, car l’inverse n’est pas toujours vrai loin de là. 

[5] Cet homme est une énigme à la fois judiciaire et psychiatrique. Son crime se serait accompli au cours d’un épisode psychotique, mais il n’est pas déclaré psychotique, pas plus que psychopathe.

[6] Tirs hasardeux compulsifs sans cibles précises, dans les écoles, universités, commerces, entreprises, etc.

[7] Les Jardiniers de la folie. Édouard Zarifian. Éd.: Odile Jacob. 2000.

[8] Ce qui semble pour le moment être le cas des treize enfants de David et Louise Turpin de Los Angeles dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire de la maison de l’horreur.

[9] Archives de neurologie et de psychiatrie. 2012.

[10] Auteur des ouvrages dont le personnage principal est le psychiatre Hannibal Lecter.

[11] Une seule saison sur Netflix en octobre 2017.

_________________________________________________________________________________________________________________

La mort n’est qu’un masque temporaire entre deux visages

Sans ambages, sans retenue, Jean Casault nous le dit carrément, en tant qu’Esprit éternel enfermé dans un corps pour expérimenter et vivre la vie, nous survivons à la mort du corps et après un moment nous revenons dans un autre. C’est le processus de la réincarnation et personne n’y échappe ! Un livre qui fut best-seller dès sa sortie.

Disponible en librairies, en bibliothèques ou peut être commandé chez l’éditeur ou Amazon.



Catégories :Le Mal

Mots-clés :, , , , , , , ,

2 réponses

  1. Merci pour ce texte notre cerveau est très complexe beaucoup à apprendre là dessus mais très intéressant à essayer de comprendre et d’analyser

    Aimé par 1 personne

  2. Pour ce qui est de votre article sur : Criminels psychotiques et criminels psychopathes ! (article 11) je suis d’accord avec ce que j’ai lu. Pour ce qui est de La mort n’est qu’un masque temporaire entre deux visages. Je n’ai pas lu votre livre mais je crois en la réincarnation.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :